Balade Botanique mai 2022

Balade Botanique : Biodiversité (Mai 2022)

Bonjour à toutes et tous,

Ce matin, je vous propose de mettre baskets ou chaussures de randonnées puis de partir pour notre balade botanique mensuelle. Qu’en dites vous ?

Cette balade a une saveur particulière car elle fait suite à la randonnée de printemps de mon village, où j’étais chargée de « l’animation botanique ». Il y avait un groupe de randonneurs-sprinteurs, et un groupe plus cool, dont l’objectif était de passer du temps ensemble en se baladant, et découvrir un peu la flore du coin. Les plus gourmands ont d’ailleurs pu profiter de la randonnée pour apprendre à reconnaître le sureau noir et l’acacia pour réaliser le clafoutis aux fleurs sauvages. En plus de ces classiques des haies, les orchidées sauvages ont agrémenté les chemins préservés de la balade, et les messicoles sont venues rappeler la biodiversité des champs.

Je vous propose donc de profiter vous aussi de notre balade en découvrant quelques petites merveilles croisées lors de cette randonnée, ainsi que d’autres trésors découvrables sur des chemins proches. Il n’y aura pas de paysages, le temps était très couvert ce matin là, mais vous verrez toutes les fleurs. Venez donc ! 🙂

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Après une bonne heure de randonnée et la séparation entre le groupe de randonneurs-sprinteurs et les autres, que attaquons le vif du sujet botanique. C’est au détour d’un coteau sec, à l’ombre d’un vieux chêne que je m’arrête devant une première orchidée sauvage : un ophrys abeille.

Les orchidées sauvages sont un peu un « graal » des photographes de fleurs et amateurs de botanique. La raison tient de leur grande diversité de formes, couleurs et pétales. Rien que dans les alentours de mon village, j’en ai dénombré près de 12 variétés. Mais pourquoi une telle variété ? C’est tout simplement lié au moyen de reproduction de ces plantes et en particulier l’étape de pollinisation, quand le pollen des étamines (mâle) est transporté vers l’ovaire (femelle).

Beaucoup d’orchidées sauvages se sont adaptées pour attirer un pollinisateur particulier. Ils peuvent offrir une récompense (ex: nectar) ou faciliter l’étape de butinage. Mais certaines orchidées ont été encore plus futées. L’ophrys abeille par exemple a transformé son pétale du bas (ou labelle) pour qu’il arbore des motifs proches.. des motifs d’abeilles. Les abeilles, en particulier les mâles, croient qu’ils s’agit d’une Madame abeille, se posent sur l’ophrys et y font leur petite affaire. Leurs mouvements vont coller des pollinies (sacs de pollen) sur leur tête puis les transmettre aux parties femelles des fleurs. On ne voit plus les ophrys de la même façon après cela. 😉

 

Dans la même famille, l’ophrys bécasse utilise un même stratagème. Le motif du labelle fait penser au bec de bécasse, d’où le nom.

 

Changeons de famille pour contempler les Anacamptis, dont le plus courant est lAnacamptis pyramidal. Ces orchidées attirent plutôt les papillons et petits insectes à longue trompe grâce à un tube situé à l’arrière de la fleur nommé éperon. Ils leur font croire qu’il y a du nectar à l’intérieur (donc de quoi se restaurer) pour les motiver à venir se frotter aux fleurs et récupérer le pollen. De plus, comme les fleurs sont très groupées, le papillon n’a que peu d’efforts à réaliser un saut de fleur à fleur et les polliniser les une après les autres.

 

Autre anacamptis (non croisé dans la randonnée, mais existant sur un chemin parallèle) l’orchis à fleurs lâche. Avec son inflorescence lâche, on peut bien observer ces éperons. A noter que cette espèce est protégée dans nombre régions.

 

Intéressons nous cette fois aux tout-juste-fleuris Orchis bouc de la famille des Himantoglossum, qui doit son petit nom à l’odeur de bouc qu’il dégage. C’est la plus grande des orchidées sauvages rencontrable dans le coin. Ces orchis, possédant un grand nombre de fleurs par pied, on développé de grandes « plateforme d’atterrissage » pour pollinisateurs pour leur faciliter la tâche. Vous pourrez d’ailleurs voir comment cela marche bien au nombre de colonies !

 

 

Nous avons vu que certaines orchidées sont des leurres sexuels, d’autres offrent le couvert, d’autre facilitent la pollinisation. Il reste une variété qui a développé une autre forme de récompense. Ce sont les sérapias (ici, sérapia à grand labelle) qui offrent le gîte. En fait, ces plantes développent une langue (plateforme d’atterrissage) mais aussi une cavité entre les pétales ouverte aux abeilles pour qu’elles s’y réfugient la nuit ou lorsqu’il pleut. D’ailleurs si vous regardez un sérapia au petit matin, les loges peuvent être remplies d’abeilles. En passant, l’abeille va se frotter aux parois, attraper du pollen et le transfert d’une fleur à l’autre. Donnant-Donnant.

 

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Après avoir observé les orchidées sauvages, je voudrais vous emmener à l’ouverture de la chasse aux messicoles. Si vous vous rappelez, ce sont les plantes qui poussent en même temps que les cultures. En cette mi-mai, avec les céréales qui ont levés, les champs de blé, avoine, seigle (..) en culture bio ou raisonnée en sont remplies.  Les messicoles sont des plantes en voie de disparition et étroitement surveillées par les botanistes officiels comme les amateurs. Vous pouvez notamment trouver des informations ici et le guide des messicoles « à surveiller « par ici, si vous souhaitez vous aussi partir à leur rencontre.

 

En attendant, rejoignons les chemins agricoles qui bordent les champs de céréales. Nous sommes vite accueilli par le symbole de la lutte anti-pesticide : le coquelicot. C’est le début de saison dans le Gers, il me tarde de voir les champs de blés remplis.

 

Si vous devriez prendre un indicateur de la « pollution des champs », sachez qu’il existe une plante plus sensible : le glaïeul des moissons. Si vous en croisez au bord d’un champ, vous devez être proche de champs bios. Autour de mon village, les populations ont bien augmenté, ce qui est bon signe.

 

En parlant des céréales, avez vous déjà vu du blé en fleur ? Le blé est une graminée, c’est à dire une plante qui a abandonné l’artifice des pétales à la floraison pour se concentrer sur le strict utile (étamines & style & ovaires). Actuellement, si on regarde bien, les épis de blés ont sorti des petits segments clair représentant les étamines.. ils sont en fleurs 😉

 

Au cours de notre randonnée, dans un champ de luzerne, j’ai eu la chance de trouver deux messicoles surveillées. Le premier est l’adonis goutte de sang, jolie plante rouge vif. J’en avait aperçue une il y a deux ans, et la revoir dans le coin est clairement bon signe de biodiversité.

Discrète, petite, et en fin de floraison, la pensée des champs avait également envahi les lieux. Version sauvage de nos pensées des jardins, elle mérite d’être préservée.

 

 

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Nous voilà à la fin de notre balade botanique mai 2022. J’espère qu’elle vous aura distrait et fait découvrir des choses. Si vous avez le temps, n’hésitez pas à partir à la chasse aux messicoles et voir si vous pouvez contribuer à l’observatoire des messicoles en lien dans le billet. 😉

 

Sur ce, je vous souhaite une bonne journée !

 

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6 Commentaires
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Merci pour cette balade pédagogique mais tellement poétique.

Une très jolie balade à laquelle je m’y joindrais bien volontiers avec la connaisseuse que tu as l’air d’être. Malheureusement, je suis trop loin. Mais c’est comme si j’y étais. Bravo, j’adore. Encore et encore

Merci de partager cette jolie balade, c’est impressionnant toutes ces différentes orchidées sauvages!! Que de merveilles quand on sait seulement regarder un peu autour de chez soi..

J’ai appris tellement de choses grâce à vous ! Merci infiniment !

Superbe balade ! Merci pour toutes les photos et infos botaniques, un vrai plaisir

Merci beaucoup pour ce partage. Cela me permet de connaître des fleurs ou plantes que je peux rencontrer autour de chez moi sans en connaitre le nom. Merci beaucoup