Bonjour à toutes et tous,
Je vous retrouve aujourd’hui pour une amusante balade botanique. Alors que Mai est la période d’exubérance des fleurs et des herbes, une période où l’on ne se lasse pas d’admirer les prairies, j’avais envie de vous emmener voir une famille de plante très particulière : les orchidaecae ou orchidées sauvages.
Nous avons souvent l’image que les orchidées sont des plantes exotiques que nous ne pouvons trouver que dans nos intérieurs. Les connus phalaenospis en sont le caricature même. Cette image cache la vérité : les orchidées sont partout et se retrouvent à l’état sauvage même chez nous. Et l’orchidée est une plante qui cache son jeu car elle s’accompagne de nombreux anecdotes tout à fait croustillantes.
Alors que Mai est (presque) leur meilleure période de l’année pour les voir, je voulais vous emmener les rencontrer et évoquer ces quelques anecdotes 🙂

Une histoire de tubercule
Loin d’être exotiques, les orchidaceae sont des plantes que nous trouvons souvent en Europe. En France, on recense autour de 160 variétés différentes, du Nord au Sud. Si savez regarder, même vous aurez tôt fait d’en trouver.
Bref, un des signes distinctifs des orchidées dans le monde végétale n’est pas tant l’allure de leurs fleurs, et plutôt deux caractéristiques qu’on ne soupçonne pas :
1- Ce sont des des plantes qui passent passent la plupart de leur temps sous forme de tubercules. Le mot « orchis » est d’ailleurs mot latin dérivé du grec ancien ὄρχις / órkhis ou… « testicule ». Pour l’anecdote histoire, le tubercule d’orchidée a longtemps été prisé par ces Messieurs dans l’espoir d’apporter quelques vigueurs.
2 – Ce sont des plantes sont capables de pousser que si et seulement si elles sont colonisées par un champignon mycorhizien spécifique. En fait, les graines d’orchidées sont très petites, sans réserves nutritives, au point où elles sont appelées semences poussières » . Elles ont besoin d’un champignon pour aller chercher et fournir le sucre nécessaire à la formation d’un petit bulbe puis d’une plantule. (cf. cycle de vie illustré en dessous)
De cette dernière caractéristique vient que fait que les orchidées sauvages ne poussent que dans des endroits où le sol n’est pas trop retourné et où les champignons peuvent se développer.

Une forme particulière
Nous avons discuté de vue, parlons de forme. Vous l’avez peut être remarqué a forme des fleurs d’orchidée est ultra spécifique dans le monde végétal. A tel point que cela conduit à la formation d’un vocabulaire botanique spécifique.
Une fleur d’orchidée est donc constitué en général de :
- Trois sépales (i.e. pétales extérieurs) parfois regroupés, plus ou moins larges
- Trois pétales dont dont deux latéraux « simple » et un pétale transformé dit labelle, qui est souvent très variable en forme, taille et couleur.
- Un éperon nectarifère chez de nombreuses espèces (Orchis, Anacamptis, Dactylorhiza), qui attire les pollinisateurs par une récompense sucrée. Cet éperon peut être dressé chez l’Orchis Mâle (devinez pourquoi ce nom 😉 ou plus enroulé autour du pédoncule de la fleur (chez l’Orchis Moustique par exemple).
- La pollinie, une masse compacte de pollen, transportée en bloc par les insectes. Chez certaines orchidées, cela « pendouille » au dessous du casque et peut se voir en s’approchant bien.



Des stratégies de pollinisation machiavéliques
Un des enjeux primaire d’une plante, après la survie, c’est de s’assurer de la présence des générations suivantes. Pour cela, les plantes à fleurs – dont les orchidées – ont besoin de pollinisateurs et déploient diverses stratégies pour les attirer et transporter le pollen de fleur en fleurs. Vous pouvez d’ailleurs retrouver tout un billet de balade botanique dédié.
Les orchidées sauvages sont célèbres pour leurs mécanismes basés sur la manipulation des insectes… qui vous feront regarder les orchidées autrement. Venez, nous les passons en revue 🙂
- Stratégie 1 : Faciliter la vie à l’insecte
Commençons par une stratégie gentillette. Pour butiner une fleur, l’insecte doit idéalement se situer dans une situation confortable. Afin d’assurer ce confort, certaines variétés d‘Oprhys comme cet Oprhys silloné ont développés de larges labelles servant de plate forme d’atterrissage et de repos. L’insecte a tout loisir d’aller chercher tranquillement le pollen

- Stratégie 2 : Offrir le couvert (nectar)
La récompense est toujours une grande source de motivation pour l’effort, en particulier une récompense douce et sucrée. Certains Anacamptis ou Dactylorhiza, forment dans leur éperon du nectar sucré. Les insectes doivent se glisser profondément dans la fleur pour le consommer, ce qui assure le dépôt ou la récupération du pollen sur le poil.

- Stratégie 3 : Offrir le gîte
Cette stratégie est la spécificité des sérapia. Ces plantes ont soudé leurs pétales et sépales pour former des cavités protectrices dans lesquelles les insectes et en particuliers les osmies peuvent se blottir la nuit. Pendant leur repos, elles auront tôt fait de se frotter au pollen, et l’emporter au petit matin. Si vous croisez des sérapia tôt le matin, n’hésitez pas à regarder, ils ont souvent un locataire (cf. photo).

- Stratégie 4 : Mimer la femelle
Regards chastes s’abstenir de lire. 😉
C’est ici une des stratégies les plus élaborées du monde végétal : certaines orchidées imitent l’apparence, la texture et même l’odeur d’insectes femelles pour attirer les mâles. Les Ophrys apifera (orchis abeille) attirent par la forme du labelle (et l’odeur de la plante) les abeilles solitaires. Croyant rencontrer une femelle bien disposée, les abeilles font leur petite affaire sur la fleur et en passant accrochent les pollinies.
Vous retrouvez ce comportement dans la plus part des Ophrys, où orchidées avec ce labelle si riche de forme et de couleur. Certaines poussent le bouchon jusqu’à avoir de doux poils sur le labelle, comme les Ophrys araignée, histoire de ne pas faire les choses à moitié.


Une Nature exigeante
Revenons à quelques considérations un peu plus sérieuses pour évoquer la diversité des orchidées sauvages.
Comme nous l’avons vu au début de la balade, les orchidées ont besoin d’un champignon particulier pour pouvoir germer et se développer. Cela conduit à des besoins en termes de qualité de sol très spécifiques et donc différentes écologies selon les espèces. Nous pouvons par exemple retrouver
- Des orchidées sauvages associés aux milieux ouverts et plutôt secs : C’est le cas de nombreux Ophrys et Orchis, ou encore, qui poussent dans des sols secs (i.e. où l’eau ne stagne pas), très exposés au soleil. Un exemple se trouve sur le plateau du Guillhaumard dans l’Aveyron, les Corbières, ou encore les coteaux secs de Simorre dans le Gers.




- Des orchidées des milieux humides, comme les Anacamptis à fleurs lâches, que l’on peut retrouver en nombre dans les prairies inondées du Gers ou de la haute Garonne

- Des orchidées plutôt de milieux forestiers, préférant la fraîcheur et l’ombre. On peut retrouver dans cette catégorie les Céphalantères, Listère, Neotties, aux couleurs plus discrètes, dénichables dans différentes forêts du Sud.



Et il me faudrait évoquer aussi certaines orchidées endémiques c’est à dire localisés à d’uniques régions de France. Le plus bel exemple que j’ai à mon « tableau de chasse » est l’Orphys de l’Aveyron, qu’on ne trouve, comme son nom l’indique, que dans ce département, dans quelques coins bien secs et exposés (et qui porte des poils sur son labelle …) . Il en est ainsi pour d’autres variétés qu’on ne rencontre qu’en Corse, dans le bassin méditerranéen, etc…

Et voilà. J’espère que cette balade botanique au pays des orchidées vous aura amusé, intrigué, donné envie de découvrir les orchidées sauvages par chez vous. 🙂
Je vous souhaite une bonne journée 🙂



