Vis ma vie d’artisan : Sébastien, horticulteur aux Serres du Barraqué (Laymont, Gers)

Vis ma vie d’artisan : Sébastien, horticulteur aux Serres du Barraqué (Laymont, Gers)

Bonjour à tous et toutes

C’est avec un grand plaisir que je vous retrouve pour  – je l’espère – la suite de la série des « Vis ma vie de producteur / d’artisan », cette fois en direct du Gers. Si vous vous souvenez, l’année dernière, j’avais eu la chance de pouvoir faire des « interviews » amateurs de quelques agriculteurs bio de la Drôme, que vous retrouverez dans ces billets. C’était des rencontres qui m’ont marqué, ouvert les yeux, et permit de voir partiellement la « vraie vie »  du métier.

 

Nous allons faire un pas de côté vis-à-vis de l’agriculture pour partir à la rencontre de Sébastien, horticulteur aux Serres du Barraqué à Laymont (Gers, 32220). Sébastien a été un peu l’homme providentiel du printemps car à peine voulais-je  attaquer la construction de mon « massif d’herbes médicinales » de la nouvelle maison que le confinement a sonné en interdisant l’accès aux jardineries. Par le groupe d’entraide local, on a découvert l’existence des  serres de Sébastien à 10-15km de chez nous, et nous nous y sommes rendus. Cela a été l’occasion de faire le plein de plantes  (qui se portent à merveille), mais aussi une belle rencontre d’un passionné (aussi passionné que moi des sauges ^^).  Depuis on s’est revus plein de fois – à tous les marchés –  et à l’occasion d’une nième discussion, je lui ai parlé ce ces billets et de mon envie de montrer l’arrière du décor. Il a accepté de suite, et m’a reçu en « off » un après midi de week-end.

 

Je vous  invite donc à sa rencontre. : )

 

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Cet après-midi là, comme d’habitude, personne sur la route de Laymont. Pourtant, le point de vue sur les collines du Gers mérite qu’on s’y arrête. D’ailleurs, prenez le plus joli point de vue sur cette route de collines et vous voici pile-poil aux Serres du Barraqué, là où Sébastien s’occupe de ses plantes.  Si la pancarte vous échappe, vous ne  pourrez pas louper ces trois immenses tunnels fleuris..

 

« Il y a une saison pour les fleurs »

 

Alors que j’arrive, Sébastien est en train de charger sa camionnette pour le lendemain. Demain se tiens le marché de Samatan, un des plus gros du « coin », et il ne faut pas traîner pour emporter le nécessaire. Sélectionner les plantes, les mettre en caisse, empiler précautionneusement dans l’utilitaire, caler les gros pots. La camionnette se remplit vite… J’en profite pour faire quelques photos de la serre…

Alors qu’il prend une pause, je lui demande de m’expliquer ce qui l’a conduit ici, à  gérer seul ses grandes serres.  Natif du coin, il a toujours été attiré par les plantes.  Il me parle vite de son bac STAE, de son BTS en technique végétale : «  La plus vaste formation existante à l’époque, on apprenait comment produire et sélectionner les plantes. Il n’y avait pas de filière horticole ». Il réalise son stage de fin d’étude en travaillant sur le test des semences aux pesticides auprès d’un gros semencier « On crée des pesticides, puis des semences résistantes aux pesticides. Cela m’a clairement échaudé  sur ces pratiques.  » Lâche –t-il

 

Dernières plantes son à charger, il y en a même sur la place passager ! «  Je n’arrive pas à me retenir » confie –t-il amusé.  Il faut avouer que certaines compositions en cactées sont vraiment à tomber !

 

Après ses études, il trouve un boulot chez weldom quelque temps, puis entre en 2003 à Botanic et y devient responsable du « service extérieur » (rassemblant plantes d’extérieur, pépinière et poterie).  Il y reste jusqu’en 2011, gérant une équipe de quelques personnes.  En parlant de cette expérience il évoque vite les bons souvenirs de son équipe et son ambiance, les souvenirs de clients parfois compliqués à gérer  («Certains même venaient quémander des remboursements pour des pensées  à 50cts d’euro morte dans leur jardinière ! »), de la bonne ambiance qu’il y avait quand chaque « service » du magasin montait son stand de déco de noël début novembre  (« On se prenait tous pour des gamins ! »).

En parlant, il mentionne aussi un point qui me laisse sans voix « Ce qui était juste dommage était que les plantes en magasin pas toutes locales. ». Je m’en étonne ; il s’explique : «  « Les géraniums fleuris  en fin d’hiver, cela n’est pas de la culture responsable. C’est du chauffé sous serre venant d’Espagne. Il n’y a pas d’autres moyens. C’est comme les phalenopsis qui sont tous cultivés aux Pays Bas.»  Je reste pensive : oui, je m’étais souvent étonnée dans les jardineries en voyais des fleurs quasi d’été en début de printemps… voilà la raison… « Pour les fleurs, comme pour les fruits et légumes, explique-t-il, il y a aussi une saison. Les clients ne sont pas sensibles à cela. Il faut le poinsettia à noël, les géraniums au tout début de printemps. Un peu d’éducation serait nécessaire…  » J’acquiesce. Nous pourrions éviter quelques bêtises d’achat si nous avions quelques astuces pour savoir la saison des fleurs…

Après 8 ans là bas, ayant fait le tour de son travail, il décide de changer et essaye de travailler à Grand Frais. Mais l’ambiance ne lui convient pas, et au bout de quelques années, il décide de claquer la porte. 6 mois de réflexions avant de franchir le pas de lancer son exploitation.

 

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« Ne pas faire comme le voisin «  

 

A l’aide de son parcours d’études et le support de proches dans l’agriculture, il décide de se mettre à son compte et lance les démarches pour son installation en tant qu’horticulteur.  Il monte un dossier « jeune agriculteur » à la chambre d’agriculture du Gers pour recueillir un complément de financement nécessaire.  L’horticulture n’étant pas un sujet courant, surtout ici, les démarches sont vite retardées. Il se heurte aussi aux problèmes de réglementations au cas par cas.  « Quand on revends des plantes aux professionnels, il faut mettre en place un passeport phytosanitaire pour chaque plante. Cela sous entends un investissement en une  imprimante spécialisée, des étiquettes,  des accréditations….  Pour la vente au particulier, ce n’est pas le cas ; mais j’avais besoin d’être sûr. Cela a été  très long d’obtenir la réponse…  »

 

Après 2 ans, son dossier est accepté et il plante ses serres sur les terres de sa famille. Dès le départ, ses bâtiments se veulent ingénieux : une grande serre trois tunnels dans lesquels il pourra stocker nombres plantes et dans lesquels les clients pourront aisément circuler. Côté toit, un toit « à air » spécialisé, durable, qu’il n’a pas besoin de teindre (blanchir) en été pour limiter la chaleur.  Pour l’ouverture, que du manuel et pas d’électrique pour être indépendant. Mais ce que j’admire le plus est sont système de récupération d’eau : derrière les serres,  il installe un système récupère toute l’eau de pluie. Couplé à une grande cuve placée en haut de la colline pour stocker tout les eaux descendant de la colline,  il n’a quasi pas besoin de tirer de l’eau de ville. Une prouesse

Autonome depuis 4 ans, il a vite cherché sa patte : « Ne pas faire comme le voisin ! » même s’il a toujours des classiques. Il adore les sauges,  les sédums, tout ce qui résiste au fort soleil et à la sécheresse. « Vu l’air du temps et du réhauffement… »  confie t-il sans en dire plus. Nous sommes d’accord sur la suite. Je lui demande comment il sélectionne ses plantes :

« J’ai un massif de test juste au dessus des serres : si la plante s’il plaît, résiste au climat, alors je la proposerais.  Je préfère vendre ce qui va vraiment tenir dans les jardins des clients ».  J’admire sa démarche de « crash » test avant vente. Un gage de succès pour nos jardins.

Sébastien, Serres du Barraqué, Laymont

(massif de test)

 

Je lui demande s’il sème lui-même ses plantes « Non, explique-t-il : c’est très compliqué quand on n’a pas de matériel spécialisé (table chauffante entre autre). J’achète les plantes en mini-mottes à des fournisseurs de confiance du pays de la Loire, les récupère et les fait grandir. »  Une question me viens à l’esprit « Pas de boutures ? C’est si facile !>. Il est gêné et avoue « nous n’avons  légalement pas le droit de vendre  des boutures. » Il marque une pause « Néanmoins, avec quelques clients devenus amis, on s’échange des boutures quand on découvre des nouvelles sortes. ».  Je m’en amuse, et me promet de lui faire des boutures de variétés amusantes de  sauge si j’en trouve.

Il se complète en ajoutant qu’il va aussi  2 fois par an dans un grand marché aux plantes du Gard, cela permet de mettre de la diversité dans les stocks. Pour les aromatiques, il a un fournisseur du côté de Montauban (80km de là). Et enfin « On s’entre-aide entre horticulteurs locaux, précise-t-il en s’échangeant des plantes ou dépannant un qui serait en manque. Cela aide ».

Sébastien, Serres du Barraqué, Laymont

 

Je lui demande s’il a une idée du volume de ses plantes, il m’indique les pétunias « La, j’en avais commandé près de 4000 pour le printemps,  en tablant sur des variétés originales. Mais avec  le confirment j’ai quasi rien vendu. Je vais devoir les composter dans quelques jours pour libérer la place.» fini-t-il assez amer   (Note : on a depuis lancé le #adopteunpétunia  sur facebook qui a permit d’en faire adopter plein ^^)

Sébastien, Serres du Barraqué, Laymont

Il termine son chargement  pendant que je réalise un dernier tour dans la serre chopper quelques macros-photos des fleurs. Dans cet environnement, malgré la chaleur, je suis aux anges et ne cessent de m’émerveiller de nouvelles variété. La finesse des géraniums sauvages, la douceur du plumbago, le pep’s des sauges…

« C’est souvent un joyeux bazar dans la serre, avec certaines plantes qui s’invitent dans d’autres, dit-il, me montrant un canna invité dans une autre plante. Mais j’aime bien ainsi. Et cela donne des idées d’associations de plantes aux clients ». J’acquiesce, il règne un certain esprit de jungle fleuri dans sa serre, tout à fait accueillant et inspirant. C’est difficile de résister à l’envie de tout avoir dans son jardin ^^

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« On a pas le droit de se faire aider par la famille »

 

Un rayon de soleil monte brusquement la température de la serre. Il me propose de remonter sur le haut de la colline dans un coin à l’ombre. Après quelques pas la vue est magnifique « C’est la que je me place quand il fat trop chaud en bas. Je peux voir les clients arriver »

«  Quelle est la « semaine type » ? » lui-demande-je.  Il rassemble ses idées avant de répondre « En théorie, tous les matins, j’en ai pour 3H d’arrosage et nettoyage des plantes. » « Nettoyage ? » interrompe-je  «  Oui, réponds-il : enlever les feuilles et fleurs mortes, retailler. Une plante doit être jolie pour qu’un client la prenne. Surtout les annuelles comme les pétunias, les pensées. Elle doit être direct belle pour la jardinière… ».L’après midi, il reste généralement à la serre pour continuer, ranger, rempoter si nécessaire… Mais en fait, il se rend vite compte que ses semaines sont rythmées par les marchés : Samatan le Lundi matin, parfois le marché de la famille Tonus le vendredi, l’Isle Jourdain le samedi. «  Je réalise 90% de mon chiffre d’affaire dans les marchés, avoue-t-il. Les gens ne passent que très rarement aux serres ». C’est dommage car pour voir les deux, la diversité des serres n’a rien à voir avec le marché. « Et c’est amusant, dit-il car ce n’est pas du tout la même clientèle : A l’Isle Jourdain, ce sont souvent des citadins qui veulent de compositions déjà prêtes et des fleurs faciles à vivre. A Samatan, c’est les locaux, avec des attentes de fleurs à planter,  parfois bien spécifiques »

 

(photos du Marché de l’Isle Jourdain)

« Les jours de marché demandais-je, ce n’est pas double travail ? »  Il m’avoue que oui, et que c’est souvent épuisant.  «  Parfois Papy et Mamy viennent arroser quand je suis au marché faire pour m’aider. On n’a légalement pas le droit de se faire aider par la famille ; mais les proches ont parfois du mal à le respecter quand ils vous voient en difficulté…  » Il fini dans un silence veut tout dire

« Et les vacances ? » demandais-je, même si je me doute de la réponse. Il me parle des 4 jours de « congés » qu’il a en été et qu’il guette vivement, de sa semaine  en hiver autour de Noël ; au-delà, point de temps. Le printemps et l’automne sont deux périodes cruciales, et les ventes se préparent souvent des mois à l’avance.

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« C’est du travail pour soi »

Le ciel se couvre alors que j’arrive au bout de mes questions. Je lui demande un bilan de sa « reconversion » en tant qu’horticulteur indépendant. « En avantage, on est dehors tout le temps, travaille à son compte, sans patron, sans course au chiffre. C’est du travail pour soi. ». Il me parle aussi de sa satisfaction à être revenue à une vie plus simple, plus locale. Mais ce qui semble compter le plus pour lui, c’est d’être entré dans un système ou l’entre-aide règne : « Au marché notamment, tout le monde est solidaire. Tu as oublié un poids pour ton parasol, ton voisin t’en prête un. Ton camion tombe en panne, il y  aura forcément quelqu’un qui viendra te dépanner. C’est génial ».

Quand je lui demande les inconvénients, le premier point qui reviens est financier « et là avec le covid, c’est catastrophique. On a un marché très saisonnier (15 Mars-15 juin) puis en octobre ; et là on nous a amputé de tout le printemps ». Je suis gênée pour lui, et me promet aussitôt de me fournir autant que possible chez lui pour le nouveau jardin.  Il me parle aussi de l’isolement fréquent dans la campagne, du temps monstrueux passé à la serre qui l’empêche d’avoir une vie sociale aussi active. « Heureusement, il y a la famille », conclu-t-il.

 Je lui demande s’il a des projets pour la suite. Il sourit « Si je pouvais je me spécialiserais plus dans les plantes de chaleur comme les sédums et les sauges.  J’adorerais aussi pouvoir compléter avec un élevage de chien : des bulldog anglais. Je pense qu’un jour je craquerais, et il y aura un bâtiment d’élevage à côté de la serre. »

Nous terminons sur ces mots, il est temps pour moi de rentrer ; non sans le remercier de m’avoir fait un peu découvrir la réalité du métier.  Depuis quelques temps déjà, je pensais acheter la majorité des plantes du jardin chez les producteurs locaux, et je me rends de plus en plus compte à quel point c’est crucial… Jamais le local et le « ici » me semble avoir eu tant de sens. Au-delà de l’alimentation, il y a aussi nos artisans et nos passionnés.  Eux qui nous aident à avoir de « bons produits » à nous de les aider en nous fournissant chez eux…

 

#adopteunpétunia

 

 

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Ou trouver Sébastien ?

  • Marché de Samatan le Lundi Matin
  • Marché de l’Isle Jourdain le Samedi
  • Aux serres du Barraqué à Laymont  les après midi (mardi au samedi)
  • (+ le marché de producteur de Monblanc tout l’été)

 

Plus d’infos sur :  https://www.facebook.com/lesserresdubarraque

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