Vis ma vie d’artisan : Cindy de “la ferme de Mamounette”

Vis Ma Vie : Cindy de la ferme de Mamounette

Bonjour à toutes et tous,

C’est avec un immense plaisir que je vous ré-invite pour un billet « vis ma vie de producteur/artisan », en « direct du Gers ».  J’aimerais vous faire rencontrer une personnalité attachante, un chemin de vie inspirant : Cindy alias « Mamounette » à la tête d’une microferme agro-écologique : “la ferme de mamounette”

Pour la petite histoire, certains d’entre vous se souviennent peut être de Sébastien, horticulteur rencontré l’année dernière ? Lui, Cindy et quelques autres producteurs se sont retrouvés l’année dernière pour organiser des marchés paysans locaux, et l’initiative a eu tellement de succès qu’elle s’est concrétisée en un magasin paysan fixe au cœur du village de Lombez (Ouest du Gers). Je connaissais déjà Cindy grâce aux marchés paysans, mais c’est suite à un détour au « Lo Mercat » que j’ai osé mettre les pieds dans le plat. Et si Cindy nous faisait découvrir son parcours de vie et sa démarche sur le blog ?  Elle a accepté, c’est chez elle que nous nous rendons aujourd’hui. 🙂

 

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Nous nous retrouvons un après-midi de printemps, du côté du petit village de Monblanc. La ferme de mamonette est située à quelques « sauts de collines » de chez moi, proximité qui ne manque pas de me faire sourire. Le monde est au final si petit.

Après une descente dans une petite vallée, une montée à flanc de collines, nous y voici. Un petit chemin de terre balisé par nombres aromatiques, donc de délicieux pieds de thym en fleur…

 

Cindy nous accueille dans un grand sourire.  La distance reste imposée par les gestes barrières, mais la joie de se retrouver traverse les quelques mètres qui nous séparent. Dans cette petite ferme lovée sur un coteau de colline, tout invite au calme et au partage. On décide de commencer par le tour de sa ferme. Après une matinée pluvieuse, autant profiter de l’extérieur tant qu’il fait beau

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« On vend, on part »

Alors que l’on se dirige vers le potager, encore un peu vide en ce début de printemps, elle nous présente sa ferme en quelques mots. Elle s’est installée avec sa famille depuis 2 ans à peine, voulant retrouver la simplicité de la vie à la campagne. Son terrain n’est pas grand, 8000m², mais elle veut le transformer une micro-ferme agroécologique. Quand on crée des espaces à forte biodiversité, pas besoin d’autant de place que dans le conventionnel.

Je lui demande ce qui l’a conduite ici, elle annonce de suite la couleur : « une histoire complexe ».  Au fil de ses mots, je découvre une vie de combats : Fille d’un artisan dans le bâtiment qui a monté son entreprise, toute petite déjà, elle voulait rejoindre la société familiale. Les études sont réalisées en conséquence, elle passe près de 10 ans dans l’entreprise de ses parents.  Elle fait une pause lorsqu’elle a ses enfants : Maeva, Enzo, puis Lilou.

Dès les premiers mois de Lilou, son instinct de mère lui met vite la puce à l’oreille : Lilou n’est pas tout à fait comme les autres … il s’en suist deux ans de bataille avant de comprendre et de poser un diagnostic d’autisme. Ce diagnostic bouleverse la famille, mais n’est pas une sentence de fin. Non. Pour Cindy, cela marque le début d’un nouvel engagement: Elle a entendu  parler de « méthodes comportementales » qui donnent d’excellents résultats et désire que sa fille les suive. Faute d’antennes compétences dans la région, elle se forme, rassemble des professionnels,  des familles en détresse, et monte une association « TSA 31 » (Trace ton avenir 31) pour sa fille et les enfants dans la même situation.  Pendant 4 ans, elle s’y dévoue. Son association aide une cinquantaine d’enfants, fait la une des journaux, est soutenue par les locaux, mais la finance ne suit pas. Au bout de 4 ans, sonne la liquidation judiciaire et une immense déception. Elle s’interrompt quelques instants, les larmes aux bords des yeux, puis lâche : « Le jour de la liquidation, on était seuls. Moi, mon mari, une collègue, et personnes d’autres » dit-elle,.

Elle marque une nouvelle pause. Je la laisse cueillir quelques artichauts en passant, le temps de laisser la douleur s’éloigner. Un sourire revient en retrouvant les légumes.  Récolte faite elle reprend :

« A ce moment-là, on a eu besoin de changer de vie. C’était vraiment : On vend, on part.».

 

 

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« C’est fait pour apporter du bonheur »

Elle et son mari ont hésité : prendre la route pour quelques mois et revenir ? Partir ailleurs en France ?  Le projet de reconversion se monte peu à peu : avoir un chenil pour faire de l’élevage de bouledogues français qu’elle  adore. Mettre les mains dans la terre pour se reconstruire en cultivant. Et surtout : « offrir un nouveau cadre de vie pour les enfants, plus simple mais mieux. A distance de la société de surconsommation. Dans un lieu où la différence est acceptée, ou le handicap n’est pas pointé du doigt, et où Lilou peut avoir un avenir  »

Ils ont commencé par quelques visites dans le Gers….  Et au bout  22 visites, cette maison, une évidence. « C’était un coup de foudre. Cette maison a une âme ».

 Sur ces mots, nous réalisons le tour de la maison : une vaste ferme gasconne aux volets bleus, accompagnée d’un bâtiment mi grande – mi hangar. Et cette place de l’amitié ou se tient le marché paysan le 2e dimanche du mois.  Lové sous l’ombre d’un vénérable tilleul, c’est un lieu ou il fait bon vivre.

 

Alors que nous arrivons devant la zone potagère, elle nous parle de ses débuts dans l’agro-écologie. Après la découverte de la maison, ils arrivent à l’acheter. Son mari et son père la retapent en deux mois, permettant une installation officielle.  Lors des premiers mois, Cindy se documente vite sur la permaculture, lit des heures, passe des heures sur youtube « J’adore apprendre » dit-elle.  Dans l’agro-écologie, elle trouve des sens qui lui parlent : travailler avec la nature plutôt qu’à l’encontre, accepter l’ensemble des espèces végétales et animales, créer une entraide dans tout ce petit monde du vivant.  Ses mots résonnent en relation avec son expérience au travers de son association : dans l’agro-écologie, il s’agit de créer un monde où chacun a sa place, ce qui n’a pas été possible dans son association malgré son combat acharné

Ferme de Mamounette - Potager

 

Elle tente aussi très vite ses premières expériences : les associations de plantes potagères, les fleurs dans les légumes, son « jardin bazar » comme elle dit.  Je lui parle de mon « potager bordélique » où je viens tout juste d’installer ciboulette, coriandre et romarin au milieu des fraises. Elle me montre les rangées de fraisiers tout juste en fleurs au bout desquels pousse un joyeux mélange d’ail , de persil, livèche.  Bientôt les œillets d’inde s’inviteront au pied des tomates et des concombres.  On se comprend.

 

Quelques pas plus loin, elle me montre son potager d’hiver : A côté des derniers poireaux, on retrouve du rapistre rugueux qui sert de refuge à butineurs précoces. Les fruitiers sont en fleurs. Un jour de beau temps, on aurait vu virevolter les abeilles.« On va transformer ce coin en forêt jardin »

 

 

 

Dans le principe de la microferme, à côté du potager, une partie de la grange a été transformée en un grand poulailler. Une vingtaine de pondeuses s’amusent dans trois enclos garnis de hautes herbes. Les jeunes poules sont quand à elles situées dans un plus petit enclos à l’abri des renards. De quoi assurer la sécurité de la famille et des proches en terme de collecte d’œufs.

Son activité se complète par l’élevage de bouledogues français Bleus, sa passion depuis l’adolescence. Bien que l’on parle d’élevage, les animaux sont laissés aussi libres que possibles et intégrés à la vie de famille, et vivent leur vie tranquille y compris en terme de reproduction. Rares sont donc les privilégiés qui peuvent adopter un de ces “boubous” !  Cette passion est aussi un liant avec la petite Lilou qui s’épanouit vite avec les animaux. Entre le potager et l’élevage, tout semble se reconstruire dans la simplicité de la vie de campagne….

 

 

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Trouver sa voie

Au travers de ces expériences potagères, Cindy trouve vite une passion pour les aromatiques. Le « mur » d’aromatiques à l’entrée en témoigne : thym, thym citron, sarriette, népéta, romarin, y cohabitent joyeusement.  Alors que d’un côté elle plante, de l’autre, elle cherche « ses recettes ».  D’abord des recettes aux légumes et des sauces, puis des idées de condiments pour aider les gens à cuisiner.  Ce sont des sels aux aromates, des bouillons de légumes, des poudres d’agrumes qui naissent dans son labo. Ces petits aides culinaires sont faits « pour apporter du bonheur » avoue-t-elle. Elle trouve la voie qui lui parle : faire cohabiter la nature, la gourmandise et l’amour, dans un petit flacon pour aider au quotidien.

 

Elle cherche ses débouchés puis viens le premier confinement. L’idée d’une vente à la ferme naît. Elle rassemble différents producteurs locaux – dont Sébastien -, pour les « Marchés de la ferme de Mamounette » qui ont égayé cette période sombre. Pourquoi « la ferme de Mamounette » demandais-je ? Elle me répond que c’est le nom que lui donnent ses enfants… et que chacun a toujours une petite histoire tendre avec sa propre « Mamounette », écho à l’amour qu’elle met dans ses produits.

Sous ce petit nom rigolo se cache un succès local. Dès les premières itérations des marchés, grâce au relais des réseaux sociaux,  les clients sont venus en nombre. Nous nous y sommes d’ailleurs rendus plusieurs fois, jusqu’au dernier en Décembre. Pour les fêtes de Noël, de large paniers garnis de produits made in Gers avaient d’ailleurs parcourus toute la France pour les cadeaux gourmands.

Alors que 2021 a sonné, lors de discussions avec Sébastien, un nouveau projet naît : et si ce marché éphémère devenait permanent ? Sébastien fait jouer ses relations, déniche d’anciens locaux à Lombez. En 2 mois,  elle, Sébastien, et  Isabelle fondent une association,  réalisent les travaux d’aménagement, convainquent des producteurs à les rejoindre et ouvrent leur magasin « lo Mercat de Mamounette ».  C’est une « superbe aventure » dit-t-elle

 

Photos prises au mercat – le trio gagnant 🙂 )

Lo Mercat des Mamounette

 

 

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« Recette 1895 »

Alors que le temps se couvre, nous rentrons. Nous réalisons un petit arrêt dans la véranda, devant les étagères remplies de rangées semis pour l’été. Variétés anciennes de tomates, de courges, bientôt rejointes par des aromatiques auxiliaires. Tout un petit monde plein de vie est en train de se former dans ses cagettes. Je n’imagine pas encore le foisonnement que cela sera cet été..

 

 

Voyant l’heure avancer, elle me demande si ce n’est pas un problème si elle lance le repas pour sa famille. Elle veut faire un veau marengo, cela a besoin de mijoter.  Bien qu’ayant remis un masque, je ne peux m’empêcher un sourire complice : la bonne cuisine, cela a souvent besoin de temps. On continue à papoter pendant qu’elle se lance dans la découpe de légumes.

Je lui demande si elle a une « semaine type ». Entre les enfants,  la micro-ferme, l’exploitation, ses semaines doivent être chargées. Elle acquiesce. Ses semaines sont une alternance de temps pour les enfants, pour s’occuper de Lilou, pour la production de ses condiments, pour le potager, et maintenant pour le magasin. Le jeudi ? jour de production. Le samedi ? Lo Mercat. Le dimanche ? les marchés de producteurs. Son mari qui ne travaille pas sur l’exploitation, l’aide quand il peut après le travail.

Certains dimanches,  ils s’accordent un grand repas de famille avec les grands-mères « sur qui on peut vraiment compter quand on a un problème. ».  Et elle avoue un détail : le dimanche soir, elle et son mari arrêtent leurs activités à 18H pour se faire une soirée tranquille : « On essaye »

Alors que les oignons sont en train de revenir, elle me sort un échantillonnage de ses produits condimentaires : les sels aux aromatiques dans leur joli flacon de verre, des bouillons naturels pour relever les plats, les poudres d’agrumes, les confitures d’agrumes « recette 1895 ».

« Oh, faut que je te montre ! »

Un de ces clients lui a donné de très vieux carnets de cuisine, écrits à la main. La confiture d’agrume est la recette de ce cahier. Des pépites pour les cuisiniers en recherche d’authenticité.

« Un jour je décrypterais l’ensemble des recettes » annonce-t-elle fièrement.

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« Je m’éclate plus que jamais »

Alors que les odeurs de veau marengo embaument la cuisine, je lui demande quelle est son retour sur sa reconversion. Elle lâche du tac au tac :« Aujourd’hui,  je m’éclate plus que jamais ». Elle est libre de ce qu’elle fait, se sent utile, adore travailler avec le vivant. A sa ferme, elle semble trouver l’équilibre. Du côté des clients, les retours sont plus que positifs : « Tout l’amour que je mets dans mes bouillons se sent ». Du côté de sa famille, tous ont adopté le changement de vie « même les enfants ne voudraient pas faire de retour en arrière ». Détachés de la société de consommation, ils apprécient cette vie plus simple.

A côté, elle avoue le problème des journées/semaines à rallonges, de l’absence de congés; « 2 heures de libre par semaine, ce n’est pas grand-chose ». Elle avoue qu’elle aimerait que son mari la rejoigne à temps plein sur l’exploitation, mais pour le moment ce n’est pas possible pour des raisons financières. Un jour prochain…

Regardant mon portable, je remarque qu’il ne va pas falloir que je tarde à rentrer. La cuisine pour la tribu m’attend aussi. Je lui propose mes services photos, si jamais, et de toute façon, de repasser au “mercat”. Je suis déjà fan des produits vendus là bas.

Je repars de cette “Ferme de Mamounette” heureuse de la rencontre, admirative de ce chemin de vie fait de batailles. Souvent la vie est pleine de difficultés et ce n’est pas toujours facile de les affronter. Il faut une sacré force de caractère, tout comme il en faut pour ouvrir un nouveau commerce en pleine pandémie. Après tout, me dis-je, peut- être est-ce cela le monde d’après : la confiance en l’avenir et envers ses amis, et la volonté d’avancer.. dans la simplicité.

 

Ou trouver Cindy et ses produits ?

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9 Commentaires
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Bel et émouvant article, un petit moment de lecture bien agréable !

merci pour ce bel article et cette belle rencontre. Sûrement une petite visite dans le Gers quand ce sera possible

Quelle histoire !!! Merci de nous avoir partagé ce beau parcours.

très beau reportage qui donne envie…dommage que l’on habite loin!

Merci Florence pour ce témoignage touchant. Bravo à Mamounette pour son dynamisme et sa force. Pour avoir un cousin autiste, je sais combien la vie des parents s’en trouve bouleversée. Ce couple a su construire une histoire pleine de bonheurs et de rencontres, belle revanche sur les aléas de l’existence. J’habite à des centaines de kilomètres du Gers; dommage, sinon je sais où je ferai mon marché!

Quelle générosité dans cet article, quel plaisir de suivre un blog qui partage la lumière avec d’autres ! Je vous suis depuis un moment et je vous trouve très inspirante. Quant à Cindy, chapeau bas devant cette énergie et cette capacité de rebondir : mais comment arrivez-vous à tout faire ?? Moi qui me laisse parfois déborder et stresser par de petits riens … qu’une envie, me botter le train après cette lecture ! Merci mesdames.