Faut-il réhabiliter le partage ?

Faut-il réhabiliter le partage ?

Bonjour à tous et toutes,

 

Ce matin, si cela ne vous dérange pas, j’aimerais vous poser deux petites questions qui me tiennent à cœur puis recevoir vos avis/opinions.   Les questions sont simples “Avons-nous perdu le sens du partage ?” et “Devrions nous réhabiliter le partage ?” .

Vous vous demander sans doute d’où ces questions sortent..  Tout simplement de quelques expériences malheureuses vécues il y a peu :

 

Quelques morceaux de vécu…

Il était une fois

J’apprécie mes collègues de boulot (peu importe la hiérarchie), alors de en temps je leur ramène des petites choses pour égayer le quotidien parfois difficile et/ou montrer qu’on forme une équipe.  Début automne, à l’occasion de la taille drastique de mes buissons, et en particulier de “Hulk”, ma sauge officinale, j’ai ramené un sac de rameaux de sauge toutes fraîches, pour les partager.  Je pensais que ces herbes fraîches gratuites pourraient plaire aux amateurs de cuisine; mais la réaction a été tout autre.  Différentes remarques déplaisantes ont fusé. Petit florilège :

“Sympa, Tu veux nous empoisonner ?”

“Cela pue ta sauge, on va finir intoxiqués avant la fin de la matinée” (j’avoue la sauge était odorante)

“Dégage moi cette herbe de là”

“Euh, non merci, je ne veux pas être malade”

Il n’y a guère que les secrétaires qui ont été ravies et se sont volontiers servies..

sauge officinale

Et une deuxième fois…

Début décembre, toujours au travail j’ai ramené des kilos de bredeles maison pour mettre un peu “d’ambiance de Noël”.  C’est un peu une de mes “traditions”. Si j’ai vu avec plaisir de nombreux sourires, il y a plusieurs remarques m’ont blessée :

“Tu vas encore nous empoisonner avec des biscuits ?”

“Tes biscuits ne sont pas réguliers, c’est sans doute mauvais, donc non merci.”

“Mais pourquoi tu te fait ch## à en faire ? personne n’en a rien à f###”

(moral à zéro pour la journée)

Schwowebredele - Sablés de l'avent - Au Fil du Thym

Un dernier exemple  :

Vous avez dû lire que je conçois / partage gratuitement des recette auprès du magasin paysan proche de chez moi pour les aider à mettre en valeur leur production. Au tout début de cet échange, lors de la 2e ou 3e “livraison” de recettes au magasin, j’ai tendu, tout sourire, mes jolies affiches de recettes avec un :

“Tenez j’ai un cadeau pour vous”.

Le temps de comprendre, puis la personne m’a dit :

“Oh merci, comment cela se passe ? On vous paie combien ?”

‘(Florence)” Rien, c’est gratuit”

(La personne) ” Ca m’embête car je ne sais pas comment…”

‘(Florence)”Non, non, coupais-je ,c’est gratuit. Je le fais bénévolement pour vous aider”

Vous auriez dû voir le regard de la personne : j’ai vu passer de la surprise, de la suspicion, de l’incompréhension la plus totale.. Et j’ai dû insister une 3e fois pour bien faire passer le message que non, je réalise bien cela bénévolement, c’est bien gratuit, que je ne veux strictement rien en échange, et que j’allais bien payer les légumes dans mon panier..

 

Ce regard m’est resté pendant 2-3 jours dans la tête comme le marqueur d’un monde ou le partage ne semble plus exister…

 

Réflexions : Avons-nous perdu le sens du partage  ?

 

Pris indépendamment, ces évènements (et d’autres dans la même lignée) n’ont que peu d’importance. On peut se dire qu’il y a une personne cynique, un autre trop méfiant, quelqu’un qui a dû vivre des coups durs dans la vie et ne fait plus confiance aux autres. C’est ce que j’ai pensé au départ… Mais quand je prends la somme  de ces évènements, j’ai l’impression diffuse que nous, notre société, avons perdu le sens même du partage.  Nous avons perdu le savoir même que le partage sans retour peut exister. Comme si Rien, nada, rien ne pouvait être gratuit, rien ne pouvait être motivé par la gentillesse et que tout se moyennait, même un sourire..

 

Pourquoi ? J’y ai longuement réfléchi  et peut être identifié plusieurs raisons :

– Nous sommes habitués à  tout payer : On s’en rends compte au quotidien : tout se paye : l’eau, l’électricité, la nourriture, la maison, les loisirs, et même le fait même d’exister avec les impôts et taxes. Alors, exporteraient -on inconsciemment cette habitude aux simples partages avec nos proches ? Imaginerions nous que l’on doive tout payer, même un simple “bonjour” ? As-t-on remplacé le mot “partage” par celui de “pognon” dans notre esprit ? Le doute m’envahit…

 

– Nous voyons notre prochain comme quelqu’un d’intéressé : Combien de fois c’est-on dit consciemment ou inconsciemment “Si X est gentil avec moi maintenant, il va me demander quelque chose en retour” ? A part dans quelques contextes particuliers (noël.. Et encore),  c’est comme si on se disait tout le temps que l’autre va nous demander un retour, et souvent un retour démesuré par rapport à ce qui est offert. A cause de cet automatisme, on peut devient méfiant, et on peut refuser tout ce qui peut venir de l’autre.

 

 

 

– Nous voyons notre prochain comme mauvais : Le monde est difficile, plein de dangers, et j’ai l’impression que l’on biaise de plus en plus notre regard pour voir l’autre (plus ou moins proche) comme quelqu’un qui veut nous nuire. Il y a belle lurette que les poisons ne sont plus disponibles aux coins de rues, mais on regarde les gâteaux faits par les autres comme des potentielles sources de poisons. On craint que l’autre nous prenne en traître si on  lui file un coup de main.. On a peur, toujours, tout le temps.

 

– Par égocentrisme:  Loin de moi l’idée de penser que nous sommes trop égoïste pour partager, non, il suffit de voir l’actualité sur les ronds-points, les dons aux associations toujours bien vifs. Non. Je pense à un égoïsme dans l’autre sens, celui du “receveur” : Parfois, quand j’ai voulu partager, j’ai eu l’impression que par ses mots la personne me disait “qu’est-ce que j’en ai a foutre de tes trucs de m###, je suis trop bien pour recevoir une telle m#  ! “.  Parfois, j’ai l’impression qu’on ne veut plus rien accepter des autres car tout ce qui viens de l’autre ne peut qu’être nuisible.  Qui sont-elles pour juger qu’elles sont forcément supérieures ?..

 

Au final, si nous avions perdu de vision le fait que nous sommes sensé être une communauté, où nous sommes sensé être égaux, et où l’on peut être solidaire entre nous ?

 

Réhabiliter le partage et aller vers un autre modèle..

 

Mon constat a été assez amer.. Et juste après, je me suis posé la question  : Que faire ? Se replier et continuer dans cette voie car “c’est la faute de la société” ?  Vivre dans un monde où l’on a de cesse de voir les autres comme des ennemis et n’avoir avec eux que des interactions commerciales ? (imaginez ; “Maman, un bisou ?”, “Ok mon chéri, donnes moi 1 euro”) Tout au plus se donner une bonne conscience sociale en réalisant un don aux associations qui se chargeront du “sale boulot“.

 

Ce n’est pas le monde dans lequel je veux voir grandir mes enfants.

 Ce n’est pas le monde dans lequel je veux vivre.

Et ce n’est pas ce que je choisi de faire.

 

Je pense au plus profond de moi-même que nous devons dès aujourd’hui nous battre pour réhabiliter le partage. Faire que cela redevienne un geste humain, naturel, basé sur de la gentillesse et / ou du bon sens.  Faire que les gens réapprennent à accepter l’autre, sa gentillesse,  son humanité, et ce sentiment que nous appartenons tous à une même communauté. Nous battre pour montrer qu’il existe autre chose que le commerce et l’intéressement. Nous battre pour montrer qu’un autre modèle existe, basé sur le partage et la bienveillance.

 

Certes, on ne peut  pas changer les choses / les autres du jour au lendemain, mais on peut se battre pour donner l’exemple et (pour prendre une expression à la mode) “être le premier de cordée” qui tirera les autres. Croire que cela sera facile est tout aussi illusoire,  mais, pour citer Gandhi, je crois surtout à :

“Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde”

 

Pour ma part,  j’ai décidé de me battre,  par petits gestes, et ce depuis 2-3 ans….  C’est ce qui motive les petites situations que je vous ai évoqué en début de billet : partager le surplus de récoltes du jardin avec des collègues/proches qui n’ont pas de jardin,  amener des biscuits au boulot, partager un peu de mon temps pour aider les producteurs du coin, partager avec vous sur ce blog des idées recettes pour vous donner des idées au quotidien, ou encore des photos nature pour vous partager mon émerveillement..   Partager, sans compter auprès de mes très proches. Tout cela gratuitement .

orchidée sauvage vercors (orchis bouffon) en soirée

 

Même si mes actes recueillent souvent des commentaires négatifs, de la suspicion, avec le temps, l’acharnement, les regards changent et inspirent : Un collègue a ramené une fournée de biscuits (certes industriels…) juste avant noël pour mettre dans l’ambiance. Au magasin de producteurs, il me voient arriver avec des fiches recettes avant un grand sourire. Petit à petit l’oiseau fait son nid, et les choses changent, enfin je l’espère

 

 

Et vous ?

 

Maintenant, si vous avez le temps, j’aimerais vivement que vous me partagiez votre ressenti :

Avez-vous déjà vécu de telles situations ? Qu’analysez-vous sur le partage ?

Et vous me suivez dans ce combat  pour retrouver le partage?

 

En espérant que vous accepterez de vous exprimer, je vous souhaite une bonne journée !

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Nathalie
Invité
Nathalie

Je sais très bien que si je ramène des petites douceurs au travail , mes collègues sont super contentes et y font honneur ! Je trouve que les vôtres sont durs en parole …. C’est important de s’intéresser aux autres …. Un sourire , une parole , un partage ne coûtent pas grand chose et font si plaisir ! peut on encore espérer un monde meilleur …..

Marie L / Allergique Gourmand
Invité

Et bien NE CHANGE RIEN !! Continue de partager. Il y a les mauvais regards, d’ailleurs c’est surprenant car on devrait être heureux de recevoir aussi, mais prends en compte les beaux regards. Ceux que tu illumines par ton partage. Je pense comme toi, on devrait réhabiliter le partage et ne pas devenir suspicieux quand on le fait.
Belle journée et continue ton partage.

Nicolette
Invité

Au bureau on partage un peu de tout, livré,recettes,vêtements gourmandises etc et tout se passe bien mais évidemment quelques personnes ont toujours quelque chose à redire tant pis pour elles
Vive le partage !

Valérie
Invité
Valérie

BRAVISSIMO ! Et ne changez rien !
Le partage et la gentillesse font chaud au coeur aux personnes qui y sont sensibles. Pour les autres, malheureusement, leur indifférence ne fera qu’appelle à la vôtre au fil du temps…
Bonne journée

Muriel
Invité

Nous sommes dans une société tellement consumériste et individualiste que je suis peu surprise de ces réactions, même si je trouve tes collègues un peu durs et bien peu reconnaissants pour ta gentillesse…
Ne change rien, continue… je suis intimement persuadée que ce genre de petites attentions multipliées par toutes ceux qui prennent conscience fait que le monde est en train de changer