Gestes écolos, retour à la domesticité ou libération ?

Gestes écolos, retour à la domesticité ou libération ?

Bonjour à tous et toutes,

Ce matin je voudrais mettre un peu de côté toutes les suggestions d’idées pour débattre autour d’un article aperçu sur Slate.fr, qui m’a interpellé. Si nous (mesdames ^^) sommes directement concernées et j’espère votre point de vue, je serais ravie d’avoir aussi le point de vue des lecteur sans e du blog 🙂

Bref, dans mon fil réseau sociaux, j’ai vu en lien un article de Slate abordant la thématique de la relation entre le comportement écolo responsable des femmes et le féminisme. Dans les faits, nous (mesdames) sommes très souvent plus sensible au soin des autres (familles, amis,..), alors, nous optons souvent pour des comportements écoresponsables. On se (re)met à la cuisine fait maison, aux produits ménagers maison, aux gestes zéros déchets. La forte montée ses tendances amènent la journaliste à se poser la question d’une “nouvelle domesticité écologique”. Poussées/ obligées par l’écologie nous serions en train de renier les batailles de nos grands-mères féministes pour nous libérer du joug des tâches ménagères. Alors, sous couvert de culpabilité écolo, serions-nous de nouveau aliénées à la maison ?

J’avais envie de vous partager mon ressenti, et si vous le souhaitez, avoir votre pour de vue:) (ps: vous pouvez commenter en anonyme)

 

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Personnellement, j’ai grandi dans les années 80-90s, en pleine période de libération de la femme par l’industrie. Ma mère travaillait, vivait ses passions, et le soir c’était surgelé. J’ai appris (sans excès féministe) qu’il fallait vivre sa vie, ne pas se laisser marcher sur les pieds, et que les tâches ménagères étaient partagées. J’ai donc vécu mon adolescence dans la futilité, ai commencé à travailler en remerciant les plats surgelés et les produits ménagers sans effort. J’avais l’impression d’être “une femme bien et moderne”, un tantinet féministe, car je m’occupais de moi, me construisant moi, et déléguais les “basses tâches” aux industriels..

 

Mais une fois mariée, en questionnement sur la maternité, j’ai vite senti que ce mode de vie à base de produits industriels n’était pas ce que je voulais mettre dans l’assiette / l’environnement de mon conjoint / futurs enfant. Je ne m’imaginait pas leur filer des compotes industrielles pendant que j’allais me mater une série qui sera oubliée dans 2 semaines. Je ne voulais pas non plus leur offrir un jardin avec une simple pelouse et un pauvre buisson par ce que je préférais courir les magasins de vêtement le week-end, mais un potager gourmand et un have de biodiversité. J’avais envie de prendre soin d’eux et de la nature, par mes actes.

 

Doucement, j’ai changé. Commencé la cuisine fait maison (ce qui accessoirement m’a conduit au blogging ^^) , puis le potager, puis le “DIY” pour faire des choses soit même, puis les produits ménager maison, nettement moins polluants… Pour autant, je n’ai pas arrêté ni mon travail, ni mes passions, j’ai juste réorienté le temps d’activités inutiles à long terme (les vérifications des réseaux sociaux, regarder séries / émissions de télé vie oubliée, les virées shopping… ) vers des activités utiles.

 

Au fur et à mesure, j’ai eu l’impression de me ré-approprier un sens de vie. Au lieu de d’être totalement insatisfaite car je ne trouvais pas quoi faire pour rester “moderne”; je me sens sentais (et me sens) enfin utile pour régaler mes proches, rendre le cadre de vie agréable, aider la nature proche. Même si le retour sur investissement est parfois léger, j’ai vite eu la satisfaction d’amener un peu de bonheur autour de moi. Et j’ai la joie de voir que le jardin est un cadre préservé de nature.

 

Alors oui, je passe facile 4h enfermée dans ma cuisine tous les week-end – ce que je m’étais jurée ado de ne pas faire pour ne pas être “boniche” comme les femmes d’avant -, je passe du temps pour faire les produits ménagers maison au lieu d’utiliser des produits tout fait, et aussi du temps coincée dans mon jardin/potager; mais je le fais avec beaucoup de plaisir et de satisfaction. Je n’ai pas l’impression d’être aliénée à la maison, car c’est mon choix et mon bonheur de me sentir utile pour les autres plutôt que de me construire égoïstement. Je n’ai pas l’impression d’être rentrée dans la domesticité (car je travaille encore, ai encore mes créneaux “passions”) mais plutôt dans un processus de “care” (= soin des autres) qui me correspond. Je n’ai pas non plus renié mon éducation semi-féministe car pour moi le vrai sens du féminisme c’est de permettre aux femmes d’être libre de faire ce qu’elles veulent.

 

 

Plus encore, au fur et à mesure de mes avancements dans le “fait par moi-même”, je me suis rendue compte la dépendance que j’avais avant avec les produits industriels et les magasins. Je voulais un gâteau, direction le supermarché. Un sac ? Direction les zones commerciales. Un engrais pour les plantes ? La jardinerie la plus proche. Maintenant, on trouve toujours une solution dans nos placards (ou ceux des amis). Au fur et à mesure, je me suis libérée (et ai libéré la maisonnée) de tout cela. On fait beaucoup de choses nous mêmes, on est devenus de plus en plus débrouillards et autonomes, on a moins besoin du “système”, et on s’entre-aide plus avec les proches. Nous ne sommes plus aliénés aux produits industriels, aux hypermarchés, à la consommation de masse …

 

Alors, l’écologie nous aliènerais nous les femmes ? Mon ressenti est qu’au final mon évolution écologique m’a libérée et a redonné du sens à mon temps et à ma vie. J’ai toujours trouvé qu’une des plus belles valeurs associée à la “Femme” est sa capacité à prendre soin, d’être une gardienne du bien-être de tous (famille, amis, nature) . Avec l’écologie, j’ai enfin pu me mettre en accord avec cette valeur.

 

Oui, il faut que ces messieurs nous suivent aussi dans cette démarche et ne fasse pas reposer sur nous toutes les avancées de nos maisonnées. Mais je pense qu’en tant que gardiennes, nous avons la légitimité de donner l’exemple, d’éduquer les enfants, et de faire changer le monde. Cela, sans être asservies à qui que ce soit si ce n’est nos valeurs intérieures.

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En m’excusant pour le laïus, j’aimerais vivement avoir votre ressenti Mesdames ET messieurs 😉 Que pensez vous sur le sujet ? (ps2: vous pouvez commenter en anonyme)

 

Beau dimanche !

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15 thoughts on “Gestes écolos, retour à la domesticité ou libération ?”

  • analyse très pertinente…il faut savoir sacrifier la futilité de la société de consommation à l’essence même de la vie qui se nourrit d’authenticité par le respect de la mère Terre. Malheureusement, il s’agit d’une prise de conscience qui devrait être générale mais c’est loin d’être le cas. Les gens sont plus dans la révolte, la haine et la jalousie que le construire ensemble d’un monde plus simple et plus sain….Ne désespérons pas, le moindre petit geste est utile et vivre pleinement ce credo est très gratifiant….mais beaucoup plus impliquant et laborieux que la facilité proposée par la libéralité consumériste !

    • Bonjour,
      Déjà merci d’avoir donné votre point de vue 🙂 Je partage tout à fait votre propos..
      Oui, la prise de conscience devrait être générale, et le compte n’y est pas, mais au moins cela commence à changer, par envie ou pas contrainte…

  • Je suis complètement d’accord avec ton analyse. Je ne pense pas que la préoccupation écologique soit un retour en arrière pour nous les femmes. A mon sens tout n’est qu’une question de choix, comme tu le dis très bien dans ton article. Alors oui, nous nous remettons à passer des heures dans la cuisine ou à nous occuper de notre confort domestique mais la différence c’est qu’à l’époque de nos grand-mères, elles n’avaient pas d’autres options.
    Aujourd’hui je pense même que le femme joue un rôle prépondérant dans les changements de société : la société a changé lorsque les femmes ont souhaité prendre leur juste place dans le monde du travail ( pas encore égalitaire malheureusement mais les progrès sont là) et elle changera encore grâce aux femmes qui sont de plus en plus sensibles à la transition écologique.
    Merci pour ton article tout cas que j’ai trouvé très intéressant

    • Bonjour,
      Déjà merci d’avoir donné votre point de vue 🙂
      Vous avez parfaitement raison : “cette fois” on change nous les femmes par choix, choix qui n’existait pas avant. Cela fait toute la différence.
      J’espère aussi que nous les femmes pourrons jouer notre rôle, mais un rôle constructif ( et pas du féminisme revendicatif idiot comme on voit passer dans certains médias..)

  • Très belles réflexions! je ne pense pas que l’écologie soit question d’aliénation, plutôt de choix personnel à un moment où les prises de conscience sont un débat à part entiière

  • Ce qui me gêne dans ton analyse c’est le côté trop asservissant de ton propos, justement! Comme si tu etais “au service du mari et des enfqnts ” et eux que font ils pour ton bien-être? Ceci dit je pense que fabriquer ses propres produits, ça ne prend pas plus de temps que prendre sa voiture pour aller chercher le produit manquant, et en plus d’être écologique, c’est economique, concernant le potager.,c’est mon mari qui s’y colle, idem pour la popote, tout est fait maison. Les confitures et sorbets c’est moi, donc à part ma petite “aparté” du début je suis complètement d’accord ave c toi!si chacun met sa pierre à l’édifice, on s’en sortira peut-être! Bonne journée

    • Bonjour,
      Déjà merci d’avoir donné votre point de vue 🙂
      Vis à vis de “l’asservissement”, cela n’est pas mon ressenti car c’est un choix volontaire et conscient, alors que pour moi l’asservissement est quelque chose de contraint et forcé.

      Pour mes proches, je ne l’ai pas abordé dans le billet mais chacun fait sa part; cependant ce n’est pas sur le même plan. Si je m’occupe beaucoup cuisine/potager mon mari est plutôt dans les “gros travaux” de la maison (bricolage, réparations;.. ) ou des tâches ménagère que je n’ai pas le temps de faire (les sols typiquement :p ), . On se complète en fait. C’est important pour nous de montrer l’exemple de modèle de la collaboration -complétion dans les tâches du quotidien, et ne pas faire bêtement du 50/50 sur le partage de chaque tâche.

      Malgré ce que ce (mon) choix du “me mettre au service”, cela n’empêche pas que oui il faut que chacun mette sa pierre à l’édifice. Néanmoins je pense que l’on peut aussi le faire chacun dans ses affinités, ce qui rendra les choses plus faciles pour chacun.

  • Je pense qu’il nous faut rester vigilantes.
    D’accord pour renier les progrès qui ont permis à nos mères et grands-mères de s’émanciper si ces progrès sont mauvais pour la planète (se remettre à faire des yaourts, revenir au bicarbonate de soude, marcher pour aller faire nos courses, etc.).
    Pas d’accord pour y passer plus de temps que son mari ou compagnon, sauf plaisir particulier à accomplir ces activités.
    Et à nous de décider de passer du temps à choisir notre prochain modèle de panneau solaire, à réparer notre vélo, à concevoir notre bac à compost, plutôt qu’à tricoter des pulls en laine.

  • J’ai à peu près le même parcours : née dans les années 80, élevée dans la “facilité” des produits et de l’alimentation industriel-le-s, puis prise de conscience en devenant maman et envie d’agir plus justement et écologiquement, même si ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan.
    Je suis pour la répartition des tâches : mon mari travaille à plein temps et moi je travaille quelques dizaines d’heures par mois et je m’occupe de la maison-courses-ménage-cuisine-enfants. Même si je travaille à domicile et à mon compte (donc je gère mes horaires et ma charge de travail), j’ai infiniment plus de plaisir à prendre soin de ma famille, de ma maison et de mon jardin. Et toute la maisonnée profite de cette meilleure qualité de vie.
    Donc en ce qui me concerne, le retour à l’écologie est un véritable bienfait !

    • Bonsoir,
      Merci pour votre partage d’expérience 🙂
      Tout pareil que vous sur le parcours produits industriels, prise de conscience, et évolution bénéfique vers l’écologie.
      Je suis aussi pour le partage des tâches maison/boulot a hauteur de nos possibilités.. mais c’est vrai que c’est arrivé tellement naturellement entre moi mari et moi que je n’ai pas pensé à insister dessus..
      En tout cas je suis ravie de découvrir qu’on est plusieures à avoir ce même parcours et cette même sensibilité 🙂

  • coucou j’ai beaucoup aimer ton article, a la différence de toi ma mère était femme au foyer et on a toujours manger du fait maison, c’est d’elle que me vient l’amour de la cuisine, mais ça n’empêchait pas que mon père participait aux tache ménagère et à notre éducation et puis j’avais autour de moi des tantes super indépendantes, qui m’ont donné une autre version de ce que pouvait être une femme. Comme tu dit nous sommes plus sensible que les hommes a certains aspect de la vie, car nous donnons la vie et ça implique des responsabilités (je dis ça mais je suis célibataire et sans enfant, niveau liberté je suis au top ;)!!!) bref moi je préfère passer du temps a mitonner des petits plats au lieu de rester devant la télé ou faire du shopping, c’est ma liberté, du moment qu’on aime ce qu’on fait et qu’on est épanouie je ne voie pas en quoi ça pose un problème!!! bisous

  • Bonjour. Cet article m’a interpellée aussi. Et oui le temps supplémentaire passé à se documenter , partager des recettes, les préparer etc est essentiellement pris en charge par des femmes. Cela m’interroge.

    • bonsoir,
      Je n’avais pas pensé à ce temps complémentaire, qui peut parfois être important.
      L’impression que j’ai est que ces messieurs sont souvent plus intéressés par les “gros travaux” que le quotidien (l’isolation, le chauffage, etc..). C’est dommage car chaque geste compte, et cela peut introduire des biais de pensées peu modernes….

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